Page 18 - lettre_MSO_024
P. 18
datée de 1852 . À cette époque, elle suscite l’émotion Méconnu, perdu, inexistant, les qualificatifs
18
comme l’écrit Albert Soubies : « une réussite éclatante concernant le tableau La Répétition, ne manquent pas.
19
et durable, celle de Si j’étais roi ! d’Adolphe Adam ». Les aléas de la redécouverte de ce témoignage pictural
Au regard de l’actualité musicale des années 1880, en symbolisent une certaine désaffection. Ainsi, cette
les transcriptions d’ouvertures – et plus généralement pièce patrimoniale « oubliée dans le transfert des
les œuvres de divertissement – prennent une ampleur différentes administrations » a finalement été prise en
nouvelle. Ce phénomène répond à un but éducatif où charge par la Délégation au Patrimoine de l’armée de
l’arrangement d’opéras ou d’opérettes est, comme le Terre . L’Office national des anciens combattants et
21
souligne Jérôme Cambon, indispensable à l’édification victimes de guerre (ONACVG) a accepté la propriété
d’une culture commune. Ce dernier explique le rôle de l’œuvre. Magnifiquement restauré entre 2019 et
idéologique des sociétés musicales : « La valorisation 2020 par l’Atelier du Pigeonnier , ce tableau, dans
22
d’un répertoire national rassemble non seulement les ses dernières tribulations, est déposé au sein de
Français autour de valeurs communes, mais contribue l’espace muséal du Commandement des musiques
également à cultiver un esprit de revanche qui anime de l’armée de Terre (COMMAT) . Pourtant, outre la
23
le pays après le conflit de 1870 » . En fallait-il plus à rareté de la représentation d’une harmonie militaire en
20
Eugène Chaperon pour l’inclure dans son tableau ? cette fin de XIX siècle, l’attachement à faire vivre le
e
lien Armée-Nation, parfois complexe et souvent jugé
comme insuffisant, est toujours incarné avec brio par
les peintres aux armées.
Lieutenant Jean Tartare
(R)
Eugène Chaperon
La douche au Régiment. né le 7 février 1857 à Paris,
Huile sur toile, Eugène Chaperon, 1887. H. 54; L. 81 cm. Coll. privée décédé le 27 décembre 1938 à Paris.
( ) Robichon François, La Peinture militaire française de 1871 à 1914, Paris, Asso- ( ) Les instruments comprennent : 2 flûtes (une grande et une petite), 2 petites
15
1
ciation des amis d’Édouard Detaille, Bernard Giovanangeli, 1998, p. 26. clarinettes, 4 grandes clarinettes, 8 saxophones (2 sopranos, 2 altos, 2 ténors, 2
( ) Peintre militaire (1813-1875), il est professeur à l’école des beaux-arts en 1863. barytons), 2 cornets à pistons, 2 trompettes à cylindre, 3 trombones, 2 saxhorns-
2
Son œuvre la plus connue demeure Rouget de L’Isle chantant la Marseillaise pour contraltos si-bémol, 3 saxo-trombas-altos mi-bémol, 7 saxhorns (2 barytons
la première fois (1849). si-bémol, 3 basses si-bémol à quatre cylindres, 1 contre-basse mi-bémol, 1 contre-
( ) Créée en 1673, cette manifestation artistique se tient tous les ans ou tous les bassegrave si-bémol), une caisse claire ou roulante, une grosse caisse, et une
3
deux ans. En 1881, elle est organisée par la Société des Artistes Français. Un cer- paire de cymbales. La composition instrumentale est celle arrêtée par le décret du
tain nombre d’autres salons voient le jour par la suite. 26 mars 1860, page 78 (Art. I du décr. du 5 octobre 1872, p. 614, Charbonneau
er
( ) Arsène Alexandre, Histoire de la peinture militaire en France, Paris, Bibliothèque E., op.cit., p. 272).
4
d’histoire et d’art, Henri Laurens Éditeur, 1889, p. 329. ( ) Un autre carton, posé au centre verticalement, laisse apparaître les termes « 66
16
( ) Arrêté du 22 avril 1914. La quasi-totalité des membres de la Société des peintres [illisible] Galop Viennoise ».
5
militaires est alors reconnue. ( ) Le chef de musique, selon l’article 40 de l’instruction ministérielle du 26 avril
17
6
( ) « Les premiers tableaux du genre étaient apparus quelques années plus tôt avec 1884 (inspections administratives), doit tenir un catalogue des partitions et mor-
Le Lavabo à la caserne (1879) d’Aublet et La soupe (1880) de Neymark ». Robi- ceaux de musique.
chon François, La peinture militaire..., op.cit., p. 98. ( ) Cet opéra-comique raconte les aventures d’un jeune pêcheur nommé Zéphoris
18
( ) Robichon François, L’armée française vue par les peintres, 1870-1914, Paris, qui sauve une princesse de la noyade et parvient à accéder au trône tout en
7
Herscher - ministère de la Défense, 1998, p. 18. démantelant les sombres projets d’un infâme ministre.
( ) La loi du 15 juillet 1889 réorganise le service militaire qui est porté à trois ans, il ( ) Soubies Albert, Histoire du Théâtre-Lyrique, 1851-1870, Paris, Librairie Fis-
8
19
devient réellement universel en 1905. cbacher, 1899, pp. 6-10.
( ) Anonyme, « Beaux-Arts, La répétition au régiment, tableau du Salon de 1885 ( ) Cambon Jérôme, Les trompettes de la République : Harmonies et fanfares en
20
9
par M. Chaperon », Le Voleur illustré n° 1473, Paris, 24 septembre 1885, p. 618. Anjou sous la III République, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011,
e
L’illustration figure en pages 616 et 617. pp. 243-299.
( ) Gil Blas n° 2000, art.cit.. ( ) Cambon Jérôme, Les trompettes de la République : Harmonies et fanfares en
10
20
( ) Richard Jules, Salon militaire de 1886. Anjou sous la III République, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011,
e
11
12
( ) Richard Jules, op.cit. pp. 243-299.
( ) Les chefs de musique se distinguent en deux classes (1 et 2 ). ( ) Commandée aujourd’hui par le général Gilles Perchet, la DELPAT est respon-
21
13
e
re
( ) Article Premier du décret du 5 octobre 1872 et loi du 13 mars 1875. Chaque sable de l’ensemble du patrimoine de l’armée de Terre et gestionnaire des biens
14
année, les régiments d’infanterie bénéficient d’une somme de 7 000 francs pour interarmées et interservices du ministère des Armées. En 2019, elle se voit, sous
l’entretien de leur musique. Cette somme est mise à la disposition du conseil d’ad- l’égide du général Dominique Cambournac, confier la restauration de ce tableau.
ministration du régiment qui en dispose librement. Charbonneau E., Recueil ad- ( ) Atelier du Pigeonnier, 82, rue de Varenne, 75007 Paris.
22
ministratif à l’usage des corps de troupes de toutes armes, 4 édition, Charles La- ( ) Cette institution est située à Satory. Elle est héritière des premières musiques
e
23
vauzelle, Paris, 1885, pp. 269-276. La Garde républicaine comprend à l’époque 54 militaires d’harmonie qui apparaissent en 1792.
musiciens dont la masse annuelle d’entretien est de 30 000 francs.